09 novembre 2009

De l’impérieuse nécessité de médias citoyens

Réflexions à partir d’un exemple

Les lecteurs d’AgoraVox auront accueilli sans trop grande surprise l’appel à dons qui vient d’être lancé. Ils savent pour la plupart qu’un journal même sur la toile, a un coût surtout lorsqu’il est à jour en permanence et qu’il couvre l’ensemble de l’actualité comme la diversité des opinions et même des états d’âme.
Un reflet quasi sociologique de la société

Pour moi AgoraVox n’est pas seulement un média citoyen mais bien plus, car il donne en « réel permanent » une image de la société. Ce sont les articles et surtout les réactions qu’ils suscitent qui témoignent des intérêts les plus divers, autorisés ou non, souvent passionnés, toujours actifs et interactifs comme sur l’Agora de l’Athènes antique.

Le principe même ne peut plus être mis en cause et c’est une magnifique opportunité qu’offre le développement des technologies du « net ».

Alors non, l’appel à contribution n’est pas une perte d’indépendance, c’est au contraire en assurer la pérennité. Qu’y aurait-il à redouter de mécènes éventuels très puissants, si le principe fondateur reste intangible ?

C’est donc, avant tout, la nature et la forme du contenu qu’il s’agit de sauvegarder et de développer.

Pour avoir été journaliste quelque temps, je ne sais que trop combien le formatage en adéquation avec les propriétaires ou les autorités (en cas de « bien public ») est prégnant et contraint les journalistes en obérant souvent leurs choix intimes. Dès lors, certains sujets sont traités de manière disproportionnée tandis que d’autres sont à peine esquissés voire oubliés. C’est d’ailleurs souvent la sanction arbitraire d’un « audimat » imaginaire et erroné et, du coup, on en arrive parfois à considérer AgoraVox comme une agence de presse, alimentée par des citoyens conscients et responsables, au demeurant comme une référence relayée par d’autres médias. Que souhaiter alors au journalisme d’investigation citoyenne qui se dessine à l’horizon ? Entre autres qualités, de la liberté dans la pertinence et le sérieux.

Evénement ou pas à Strasbourg ? Un exemple de ratage sans peine à la clé

Dans le Bas-Rhin, le quotidien régional (les DNA) est tout-puissant, comme d’ailleurs la PQR( presse quotidienne régionale) dans la majeure partie de l’hexagone. Comme ailleurs sur le territoire, il est en situation de quasi-monopole. Comme ailleurs, il n’a de concurrent que dans l’interface entre deux zones de diffusion voisines. Jadis, dans un pluralisme perdu, pesait encore la redoutable menace du « ratage » : qu’ici on ait omis, raté, l’information la plus anodine, que là le concurrent avait développé à loisir, était considéré comme une faute passible sinon de sanctions directes du moins de déconsidération pénalisante. Aujourd’hui, plus rien de tout cela. Seul critère, seul aiguillon : ne pas déplaire, voire plaire aux annonceurs et aux pouvoirs en place.

Quid alors de la liberté, la vraie ?

Ainsi « l’appel de Strasbourg » lancé solennellement lors de l’Université d’Automne du Mouvement Européen France (MEF) à la fin d’octobre dernier, a-t-il laissé sourd ou au moins peu entendant le rédacteur des Dernières Nouvelles d’Alsace, à STRASBOURG, capitale européenne*.

Il s’agissait pourtant d’une déclaration importante dans le temple de l’UE et à un moment particulier de la construction européenne. La présidente du MEF, l’eurodéputée Sylvie Goulard, avait obtenu des quelque centaines de militants venus de tout le pays, qu’ils adhèrent à cet appel selon lequel, en substance, ne devrait, en aucun cas, être désigné comme futur président du Conseil Européen un ressortissant d’un Etat qui n’aurait pas adhéré à la Charte des Droits Fondamentaux, annexée au traité. Pris au débotté dans l’enthousiasme grégaire, le sénateur-maire de Strasbourg, Roland Ries, avec d’autres invités trônant sur la tribune, y avait sincèrement souscrit.

L’anecdote (pour les Alsaciens) et une analyse plus subtile de cet Appel auraient permis d’y voir une manoeuvre habile de la présidente pour exclure d’emblée la candidature (la seule connue à ce moment-là) de Tony Blair, citoyen du Royaume-Uni, pays dispensé (opting out inadmissible) d’adhérer à ladite Charte.

Rien à ce sujet ou si peu dans la Capitale Parlementaire de l’Europe, dans Strasbourg qui revendique l’AOC, si je puis dire, de « Strasbourg de l’Europe ».

Désinvolture, négligence, erreur d’appréciation, incompétence ? Je ne sais.

Je répare ici sommairement cette lacune, ce que j’aurais dû faire bien plus tôt, car je sais cette fois que les congressistes ont guetté longtemps et en vain une couverture plus approfondie de ce qui constituait à leurs yeux un événement.

Voilà donc un exemple qui montre qu’un papier-citoyen sur AgoraVox aurait pu circuler et être repris.


Voilà aussi pourquoi je soutiens notre média avec mes deniers et mes contributions et que j’invite d’autres à le faire.


Antoine SPOHR

08 juin 2009

Réaction post-élection

Les résultats connus ce dimanche soir confirment le désintérêt des Français et des Européens pour un scrutin qu'ils ne reconnaissent pas comme un attribut de leur expression démocratique européenne.

 

En France, les aspects nationaux et les rivalités partisanes auront particulièrement marqués une campagne qui n'a rien apporté en terme d'une quelconque contribution nouvelle à l'unification européenne et notamment à une démarche vers l'unité politique à travers l'expression commune des peuples européens.

 

Cette dramatique abstention à l'élection au Parlement Européen, qui d'ailleurs n'en est pas un, nous conduit à une interrogation de fond sur l'avenir de la démocratie européenne et de la souveraineté des peuples au niveau de l'UNION EUROPEENNE.

 

Seul un véritable projet politique approuvé par une majorité large des 420 millions d'Européens électrices et électeurs pourrait redonner à l'Europe un élan nouveau pour la mettre en mesure de compter parmi les modèles de civilisations dans un monde globalisé.

 

Seuls les citoyens européens peuvent en être porteurs.

 

Les États-nations et les technocrates de la Commission sont au bout d'un système de traités sophistiqués qui ne peut créer aucune forme d'adhésion collective.

 

Seul un modèle européen créée avec l'appui de tous les peuples peut assurer notre avenir commun et nous permettre d'apporter des propositions à l'organisation de nouveaux équilibres dans un monde globalisé.

 

Les États sont plus que jamais en retard sur les peuples. La crise mondiale devrait leur fournir l'occasion unique d'une remise en cause. L'idée européenne est plus que jamais la seule perspective qui nous soit offerte. Aux peuples de saisir cette opportunité historique face à la capitulation des États semblables à la passivité de nos nations démocratiques avant la seconde guerre mondiale.

 

Seul l'avènement rapide d'une Europe Unie constituera une réponse aux défis du monde actuel.

 

Jacques SCHMITT

Bref commentaire post-élection

L’abstention est la grande gagnante de ce scrutin. La nouvelle Assemblée européenne doit en tenir compte et entreprendre un travail de fond pour se doter d’une réelle visibilité auprès du citoyen européen. Les euro-députés doivent s’impliquer davantage auprès de nos concitoyens et créer ce lien crucial qui fait aujourd’hui défaut.

 

L’UMP se targue de sa victoire. Elle est à nuancer. Est-on victorieux quand près de 70% des électeurs se sont portés vers des courants d’opposition ?

 

Aujourd’hui, force est de constater que l’Alsace, cette terre du centrisme, est orpheline de cette famille de pensée.

 

Ce centrisme est cet humanisme qui ont guidés cette région à la croisée des chemins n’ont pas disparus pour autant. Une rénovation et une réappropriation de ces valeurs centristes et démocrates sont nécessaires.

 

Les centristes et démocrates de tout bords doivent travailler de concert et se retrouver pour conduire notre Alsace vers les défis de l’avenir.

 

Centrisme et humanisme ne sont pas de simples mots que peuvent s’approprier des politiciens transfuges en mal de carrières.

 

Ces termes font sens, c’est autour d’eux que le rassemblement doit se faire. N’entrons pas dans les jeux politiciens de personnes et de places.

 

Il faut rendre au centrisme sa place dans le paysage politique alsacien avec fidélité envers nos convictions.

 

Arnaud LEHMANN

28 mai 2009

Le 7 juin, votons !

Force est de constater l'émergence d'un phénomène nouveau et inquiétant tant pour la démocratie que pour la construction d'une Europe du citoyen.

Les dernières intentions de votes montrent une montée du camp abstentionniste au fur et à mesure que nous nous approchons de scrutin. Les partis politiques dans leur ensemble sont responsables de cette situation que nous ne pouvons que déplorer. Trop absorbés par leurs cuisines internes, ils n'ont pas su, pas voulu, donner le souffle nécessaire à une campagne dont les enjeux sont pourtant cruciaux.

Le Parlement Européen est la seule instance européenne où le citoyen désigne lui-même ses représentants. Le pouvoir de cette institution progresse régulièrement. L'Europe est lointaine ? Abstraite? Non. Aujourd'hui, les choix européens s'imposent à nos lois  L'Euro nous a permis de résister mieux que d'autres face à la crise financière mondiale.

Ainsi, nous devons veiller au choix de nos représentants et à leur légitimité face à une commission européenne technocratique et peu intéressée à l'écoute du citoyen.

L'offre politique peut décevoir, il n'en demeure pas moins que nous devons prendre notre avenir en main et nous rendre aux urnes le 7 juin. S'abstenir, c'est laisser les autres décider pour soi. C'est concourir à affaiblir l'institution qui peut faire contrepoids à ce que nous sommes nombreux à regretter de l'Europe, cette Europe technocratique et bureaucratique qui décide du haut de ses tours bruxelloises.

A Strasbourg, nous avons particulièrement le devoir de faire entendre notre voix et de nous mobiliser le 7 juin. Strasbourg est la ville européenne par excellence, Strasbourg est la Capitale de l'Europe.

Cette question mérite de dépasser les clivages partisans, nous appelons les citoyens à se rendre aux urnes et à voter en leur âme et conscience quel que soit ce choix.

11 avril 2009

OBAMA : tournée générale de Londres à Bagdad

Economie mondiale, défense des « bons », assainissement de la planète, recadrage de l’aire d’influence US, baiser sans retenue aux défenseurs de l’axe du bien: « America is back » , cette fois avec Barack Obama. Nouvel ordre mondial ? Pas si sûr .
Nombreux sont ceux qui, prompts à s’enflammer au rayonnement d’un homme d’une indéniable qualité, d’un charisme nourri d’un rare talent de tribun à l’élégance naturelle et souriante, nombreux sont ceux-là qui, gavés de belles paroles et de folles espérances, ressentent comme «  une gueule de bois » à la réflexion quelque peu distanciée. Pour le moins, le dithyrambe est-il tempéré par quelques bémols ou une sourdine

Passe pour le verre à moitié plein de Londres.( ou l’inverse).

Un bilan contrasté pour une presse quasi unanime, qui s’inspire souvent des sentences des économistes. Joseph Stiglitz a été cependant plus critique que d’autres plus facilement relayés. Relancer la croissance, renforcer la supervision des organismes financiers, renflouer le FMI dont il faudrait pourtant revoir la gouvernance jugée trop proche de Washington, aider les pays pauvres et rejeter le protectionnisme . Dont acte mais pouvait-on en faire moins ?
La question du classement des paradis fiscaux ou l’absolution qui leur est accordée, relève sans doute d’une louable intention mais comment classer alors le Delaware et le Nevada ( ah, Las Vegas !) mister OBAMA, Guernesey et Jersey , mister Gordon Braun et St. Barthélémy, monsieur Sarkosy. Ce ne sont là que des exemples un peu faciles.
Le G 20 aurait sans doute pu mieux faire mais les observateurs-sycophantes compétents et courageux doivent rester vigilants et se faire entendre. A Londres, le président des Etats-Unis ne s’est pas poussé sur l’avant-scène en jouant des coudes comme son prédécesseur dans le plus pur style western.

Together et encore together au sommet de l’OTAN à Strasbourg.

Cette fois l’offensive de charme a atteint pleinement son but. L’Obamania a gagné son paroxysme à Strasbourg . Mon Dieu, quel charme, quel talent, quelle classe ! J’y étais et j’ai été privé tout d’un coup de tout esprit critique comme toute l’assistance venue de toute la région rhénane pour voir cette incroyable «  bête de scène ». Peut-être la détestation de W.Bush et le contraste ont ils opéré aussi ?
Le comble de l’enthousiasme grégaire fut atteint à l’invitation maintes fois réitérée «  à s’unir, Européens et Américains, pour garantir la paix ensemble ». On a frôlé l’extase lorsque l’incomparable orateur a fortement appuyé le rôle européen de Strasbourg et de son Parlement Européen, parfois contesté. Dans l’assistance, il y avait un grand nombre d’Allemands et même des Suisses qui ont été gagnés par le même engouement . L’Alsace et son environnement sont des terres de polyglottes et l’anglais d’Obama si bien «  articulé » dans les deux acceptions, si compréhensible que miraculeusement, tout passait .
Mais, diable, secouons nous !
Dans les rues de la ville calfeutrée en bleu, la circulation était quasi impossible, les filtrages intransigeants sur la présentation de badge et de pièce d’identité. Une ville morte, d’un calme d’ avant tempête. Celle-ci éclata le lendemain, vigoureuse et dévastatrice, sans victime physique toutefois.
Une explication possible entre autres. Les altermondialistes patentés souvent très sages, les anarchistes moins calmes sous leur drapeau noir mais surtout des groupes plus mystérieux venus surtout de l’Europe du Nord ou d’Italie( on pouvait les identifier par leurs mots d’ordre ou leurs propos hurlés dans leur portable) les « black-blocks », en tout quelques milliers ou dizaines de milliers selon les comptages, ont été souvent refoulés y compris de zones prévues pour la manifestation pacifique anti-Otan.
Messieurs les chefs d’Etat, M. Obama et M. Sarkozy et Mme Merckel en tant que puissances invitantes que ne vous en êtes vous tenus à l’horaire prévu ? Pour un accouchement trop difficile d’un secrétaire général qui déplaisait à la Turquie ? Cela aurait pu attendre, l’essentiel était ficelé et les Etats-Unis avaient renforcé l’Alliance , comme prévu.
C’est cette modification des prévisions de «  timing » qui n’a pas permis aux forces de l’ordre d’être redéployées en temps utiles aux endroits stratégiques et donc de canaliser la manifestation qui, il faut le reconnaître, manquait elle-même de coordination et d’encadrement . Enfin Strasbourg, tant de fois éprouvée au cours de toutes les grandes guerres, en a vu d’autres et se remettra courageusement comme toujours . Mais Obama comme ses collègues de l’UE étaient déjà à Prague .

Réduire les arsenaux nucléaires et lutter contre le réchauffement climatique.

Sur fond de provocation tonitruante de la Corée du Nord qui lance «  fort opportunément » un missile balistique, le chef de la première puissance militaire du monde, a déclaré d’emblée : « Les Etats-Unis vont prendre des mesures concrètes en faveur d’un monde sans armes nucléaires », tout en défendant le projet de système anti-missile au moins jusqu’à la disparition de la menace iranienne.
En tout état de cause, les Etats-Unis conserveront un arsenal sûr pour dissuader tout adversaire éventuel et protéger leurs alliés . Là encore une invitation à l’Europe à développer ses propres capacités de défense. Défense européenne ou renforcement des partenaires acquis et confirmés précédemment ?
La question de la sécurité énergétique comme celle de la lutte contre le réchauffement climatique passe au second plan. Détail pittoresque : dans la ville de Kafka, l’hôte du Château est le plus qu’eurosceptique président Vaclav Klaus, président de l’UE en exercice, qui considère ( il l’a écrit dans un livre traduit en dix langues) que le réchauffement climatique n’est qu’une vision d’écologistes hallucinés. Mais comme on est tout de même à 27, on en parle aussi et Barack Obama s’engage à être un partenaire actif dans le processus de Copenhague ( conférence de l’ONU prévue en décembre prochain). Dont acte encore une fois mais le temps presse ! Vite Ankara puis Istambul !
La Turquie dans l’Europe pour améliorer les relations entre Occidentaux et le Monde Musulman .
L’univers kafkaien n’est pas loin. La Turquie, état laïque en principe, à laquelle l’UE demande au demeurant de réaffirmer cette laïcité, serait l’interface judicieux, opportun, pratique entre deux aires culturelles, si cette expression peut encore être employée librement sans en gommer les disparités : l’ Occident et le Monde Musulman. Il serait donc impérieux que l’Europe intègre cette Turquie, ce à quoi invite le président Obama, fort du leadership que Monde Occidental vient de lui confirmer.
La réponse de Nicolas Sarkozy dont Obama ne pouvait ignorer la position, ne s’est pas fait attendre. On ne peut s’empêcher de penser à la « doctrine Monroe » en 1823 et d’en prendre le leitmotiv corrigé «  L’Europe aux Européens ». La chancelière allemande, dans un premier temps, a rappelé les divergences de vue dans l’UE, taisant la position des Allemands.
Glanée en marge d’un mini-débat en préparation des élections européennes, cette observation de Joseph Daul , le président du groupe majoritaire ( PPE) au Parlement Européen : « Je ne suis pas trop inquiet, les exigences de l’UE sont telles que la Turquie n’est pas prête d’être en situation de les satisfaire et alors elle aura beaucoup changé » En complément, on serait tenté de s’interroger sur le regard que porterait alors sur elle le monde musulman.
Une fois de plus le charme a opéré : les Turcs sont confiants ou du moins feignent de l’être.
Eh oui, Jacques Julliard vous avez raison lorsque vous écrivez : « l’Europe politique est un terrain vague et l’Europe diplomatique, une friche industrielle ».

Epilogue à Bagdad


La tournée s’achève en apothéose en visite surprise à Bagdad dans des embrassades encore plus chaleureuses. Tchin-Tchin braves GI’s ! Mais ne nous mêlons pas de politique intérieure américaine.
Le premier des Américains est avant tout un Américain, fort légitimement soucieux d’abord des intérêts de son pays. Peut-on lui en vouloir ? Sûrement non. Mais ceux qui ont trop rapidement vu en lui le sauveur de la planète sont bien obligés d’en démordre tout en se consolant en continuant d’admirer cet homme remarquable et sans doute de bonne volonté .
Oui nous aussi, Européens, nous pouvons .Yes dear mister Obama, we also can !
Antoine Spohr.